>>Astiz, souvenir des années noires, par Tristan Mendès France

10 mai 2017
Auteur(e) : 
Paris, février 2007



À voir : Document exceptionnel : la photo de l’infiltration du tortionnaire Astiz à Paris en 1978.


La dictature qui a sévi de 1976 à 1983 en Argentine fut l’une des pires qu’ait connue l’Amérique latine. Avec 30 000 disparus, des méthodes de torture et d’élimination violentes et perverses, cette « sale guerre » reste un cas d’école. Aujourd’hui encore toutes les responsabilités n’ont pas été identifiées (ni sanctionnées), et pour celles qui le furent, des lois d’amnistie ont coupé court à tout travail de mémoire. De tous les tortionnaires, un nom est vite apparu central, celui d’Alfredo Astiz, un capitaine de frégate, bel homme, fier et orgueilleux. Surnommé « Gueule d’ange » ou « l’ange exterminateur » par les associations humanitaires argentines (en référence au film de Buñuel ?), il est vite devenu le symbole des horreurs commises durant la dictature. Et surtout de l’impunité dont ont bénéficié les exécutants. Cette terrible histoire qui secoue encore aujourd’hui une Argentine en crise pourrait paraître bien lointaine.



Tristan Mendes France
envoyé par Alexandre de Nunez


Ce serait oublier que des ressortissants européens (France, Suède, Espagne, Italie) ont également été assassinés, que des centaines de familles attendent encore de savoir ce que sont devenus leurs proches, ou que des centaines de bébés volés aux opposants du régime assassinés ne connaissent pas leur véritable identité... En attendant, Astiz coule des jours paisibles sur les bords de la Plata, revendiquant haut et fort ses convictions, ses crimes et se pavanant sur le cimetière des victimes qu’il a suppliciées.

Mais qui fut cet homme au cœur d’un système militaire paranoïaque devenu fou ? Laissons la parole à l’avocate des victimes françaises d’Astiz, Me Sophie Thonon-Wesfried : « La meilleure description qui a été donnée d’Astiz l’a été par lui-même. Il se décrit comme une machine à tuer, élevé, formé au sein de la Marine. La Marine est l’un des corps d’armée qui s’est conduit, durant la dictature, de la façon la plus abominable et atroce qui soit, au nom de la justification d’une idéologie de la « Sécurité Nationale », de la lutte antisubversive, anticommuniste. Astiz a parfaitement intégré le message et a suivi scrupuleusement ce qu’il lui était demandé par ses supérieurs. Il est donc le parfait élève d’un enseignement mis en place par les armées argentines. »

Tristan Mendès France
Assistant parlementaire, journaliste - écrivain et documentariste. Impliqué dans la défense des droits de l’homme, il est notamment l’auteur de Gueule d’Ange : nationalité : Argentin, activité : tortionnaire, statut : libre aux Editions Favre.





« Ausencias » (« Absences ») est une exposition réalisée à partir de photos provenant d’albums de famille. Elle met en scène quatorze familles à travers lesquelles on met un visage sur les personnes qui ont disparu : des employés, des militants associatifs, des étudiants, des ouvriers, des membres de professions libérales, parfois même des familles entières. Des femmes, des hommes, des enfants qui ont été victimes du plan systématique de répression et de disparition forcée instauré par la dictature militaire en Argentine de 1976 à 1983.


Absences - Ausenc´as par Gustavo Germano


Le photographe argentin Gustavo Germano, qui habite à Barcelone, revient trente ans après avec son appareil photo rendre visite aux familles et aux amis des victimes dans les mêmes endroits, afin de reprendre les mêmes photos dans des conditions similaires, mais, cette fois, avec la douloureuse présence de l’absence de l’être aimé.

Exposées dans un constant face-à-face entre le passé et le présent, ces photos mettent en évidence les changements qu’ont connus les lieux mais aussi le passage du temps et l’impossibilité de mettre en parallèle présence et absence.

L’exposition « Ausencias » cherche et trouve sa raison d’exister grâce à la collaboration des familles. En posant devant l’appareil photo avec une attitude militante, les proches des victimes revendiquent l’espace qui aurait dû être occupé par l’être cher. Et dans ces places vides, nous apercevons ceux qui ne sont plus là.

Retrouvez le site du photographe Gustavo Germano.


Article tiré du site : http://www.ameriquelatine.msh-paris.fr
Rubrique:  Cartes blanches