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>>La Terre de Feu en deuil. Mort d’Anne Chapman

Paris, le 12 juin 2010



Née à Los Angeles en 1922, l’ethnologue franco-américaine, Anne Chapman vient de mourir à Paris le 12 juin 2010. Elle avait reçu son master en anthropologie de l’Ecole nationale d’anthropologie de México, avait passé son Ph.D à l’Université de Colombia de New York, puis avait obtenu son doctorat d’État de la Sorbonne. Elle a travaillé avec C. Lévi-Strauss, P. Kirchhoff, A. Villas Rojas et K. Polanyi. Après avoir effectué des travaux de terrain avec les Jicaques au Honduras, elle était partie en Terre de Feu où elle a pu étudier les derniers Selk’nam et les Yahgans. Auteur de nombreuses publications scientifiques et de documentaires, directeur de recherche au CNRS, elle partageait sa vie entre Paris, Mexico et Buenos Aires.

Entretien réalisé au domicile parisien d’Anne Chapman, le 30 octobre 2008 par Alexandre de Nunez à propos de L’enlèvement des Alakaluf de Terre de Feu au Jardin d’acclimatation en 1881



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Lola et Claude Lévi-Strauss
Une chanson enregistrée en 1966 quand Lola Kiepja avait quatre-vingt-dix ans



Anne Chapman était une véritable figure en Argentine et au Chili. On ne s’étonnera donc pas de voir les films qu’elle avait réalisés en Patagonie (The Ona People, en 1977 ; Hommage to the Yahgan, 1990) passer en boucle dans l’espace dédié aux Mapuche du Museo Etnográfico de la Facultad de Filosofía y Letras de la Universidad de Buenos Aires.





Lola Kiepja, dernière descendante des Selk’nam (que leurs ennemis appelaient Ona), est morte en 1966 ; avec elle disparaissait le dernier témoin direct d’une haute culture et d’une antique société. Anne Chapman avait effectué de nombreuses missions en Terre de Feu, chez les Selk’nam, entre 1964 et 1999. Jusqu’à la fin de sa vie, elle entendait la voix de Lola psalmodier un chant pour Lune, la mythique matriarche bientôt vaincue par Soleil et ses alliés les hommes. À travers Lola, Angela et les travaux de l’anthropologue allemand Gusinde, tous disparus aujourd’hui, c’est le « secret » du Hain qu’elle a cherché à reconstituer. Premier théâtre au monde, assurait-elle, en tout cas théâtre et rituel unique au monde qui a disparu avec les Selk’nam, le Hain consistait en un jeu de rôles très dangereux pour les humains tant du côté des acteurs que des spectateurs qui y participaient. Sur la scène du Hain, inversement symétrique du domicile céleste de Lune où elle reçoit les esprits des chamans qui lui rendent visite pendant l’éclipse, on voit surgir et s’opposer, nus sur la neige, des esprits masqués souterrains et célestes chargés d’une incroyable puissance, qui infligent aux jeunes initiés des épreuves cruelles et dégradantes qui doivent les conduire à la maturité.

En révélant la complexité et la richesse de ce monde aboli, l’ethnologue montre dans ce livre ce qui a été perdu avec sa disparition, avec son génocide, et elle fait prendre conscience de l’atteinte qui a été portée à l’humanité tout entière.

Le site des Editions Métailié.

Les autres livres qu’elle a publiés :
1978 : Les Enfants de la Mort : Univers mythique des Indiens Tolupan (Jicaque). Mexico, Mission Archéologique et Ethnologique Française au Mexique (désormais le CEMCA).
1982 : Drama and Power in a Hunting Society : The Selk’nam of Tierra del Fuego. Cambridge university Press.
1985-1986 : Los Hijos del copal y de la candela. Ritos agrarios y tradición oral de los Lencas de Honduras (2 tomes). Mexico, UNAM, CEMCA. 1990 : El Fin de un Mundo : Los Selk’nam de Tnbsp;:
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