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>>Sergio Ramírez, prix Cervantès 2017 : l’écrivain et le Nicaragua, par Bernard Grau




Séville, août 2018

Sergio Ramírez : "le roman est une conspiration permanente contre des vérités absolues".

Avant-propos

Sergio Ramírez Mercado, écrivain nicaraguayen, a reçu récemment le Prix Cervantès, la plus haute reconnaissance des lettres hispaniques. Le Prix rend hommage à sa trajectoire littéraire, à son engagement pour l’art et la littérature centraméricains, et à son combat sans merci pour la démocratie.




EFE

Nous sommes en juillet 1977. Le rédacteur en chef de la revue Time a choisi sa première de couverture : le visage de Sergio Ramírez Mercado. Les commentateurs plaidaient pour cet intellectuel prestigieux, armé d’une solide formation académique et présentant une expérience politique et diplomatique de choix. "Le destin est capricieux", dit souvent Sergio Ramírez. Mais cette fois-ci, en ce 19 juillet 1979 immaculé, il l’avait conduit à l’aube de la révolution sandiniste, il s’apprêtait à l’imposer comme un vecteur incomparable de l’espoir d’un pays, une fois la tragédie somoziste consumée. L’enthousiasme le disputait à l’incrédulité. L’horizon semblait s’être dégagé à l’instant : on allait construire des écoles et des centres médicaux, conduire la réforme agraire, apprendre à lire et à écrire -ou dit d’une autre manière, lancer la croisade contre l’analphabétisme-. Sergio Ramírez, homme tenace et visionnaire, fut à la fois l’inspirateur et l‘acteur de cette surrection si longuement espérée.


Un parcours singulier

Sergio Ramírez est né en 1942 à Masatepe, dans le piémont caféier, aux abords mêmes du Volcan Masaya où, comme à Cuba, les coqs chantent à toutes les heures de la nuit et du jour. Son père, maire de la localité, tient une épicerie, face à la mairie. De la fenêtre de la boutique, le maire observe tout ce qui anime le village : messes, processions, fêtes et enterrements. Lui n’est pas musicien, contrairement à ses quinze frères, car il souffre de surdité partielle. Son épouse vient d’une autre culture : la famille est protestante, aisée, et défend le progrès. Elle fut la première femme de la ville à obtenir son baccalauréat. A l’insu de sa famille, elle se marie avec celui qui ne lui offrait ni richesse, ni reconnaissance sociale. Cette conjonction fut le creuset où s’épanouit Sergio Ramírez, entre l’inclination pour les études et la création artistique, entre les cadences catholiques et la ténacité protestante.

A 17 ans, Sergio entre à l’Université de León. C’est là qu’il se retrouve confronté au premier avis du destin : il sort indemne d’un massacre perpétré par les sbires de Somoza contre les étudiants. Il ne lui est plus possible de reculer devant sa vocation politique. Pourtant, comme dans un jeu de rôle sincère et bien compris, une fois obtenu son diplôme d’avocat, il écrit son premier roman,Tiempo de fulgor, qui révèle une connaissance profonde des techniques de la narration et une volonté assumée d’inscrire la littérature nicaraguayenne dans la tradition romantique des maîtres du "boom", ce mouvement littéraire qui vit l’apparition quasi-simultanée de García Márquez, Vargas Llosa, Donoso, Carlos Fuentes, Cortázar...

Dans le même temps, entrant dans la vie professionnelle, très vite, il devient le référent du Conseil Supérieur Universitaire Centraméricain. Le siège de cet organisme régional chargé d’insuffler le développement et l’harmonisation normative des politiques publiques des pays membres en matière d’enseignement supérieur et de recherche se situe à San José de Costa Rica.

Les débuts prometteurs dans les arcanes de la préfiguration de l’intégration régionale centraméricaine connaîtront pourtant une fin rapide. A 28 ans, Sergio Ramírez rejoint Berlin, avec femme et enfants (3), où une bourse modeste lui est offerte par le Service Allemand des Échanges Inter-Académiques. L’impatience d’emprunter le chemin de l’écriture est grand. Il écrit à Berlin Te dio miedo la sangre, première incursion dans la narration de la dictature nicaraguayenne, construite à partir d’histoires parallèles sans unité de temps. Durant toutes ces années, les textes de Sergio Ramírez semblent marqués par une tension constante visant à l’harmonisation de la création littéraire et de l’action politique. En quelque sorte, il tente ainsi de répondre de façon positive à l’exigence de Che Guevara : "Dans la révolution il faut voir si l’écrivain est aussi acteur de la lutte quotidienne". Et afin d’accentuer son effort, Sergio en appelle à l’histoire. Ce sont les années des essais historiques sur le Nicaragua, du retour à la littérature comme témoin avec La marca del Zorro : hazañas del comandante Francisco Rivera Quintero contadas a Sergio Ramírez, en 1989.

Le 27 décembre 1974, la télévision allemande inaugure son journal télévisé par la nouvelle : "Un commando sandiniste a pris d’assaut la résidence à Managua du docteur José Mario Castillo, où se célébrait une fête en l’honneur de l’ambassadeur des États-Unis, Thomas B. Shelton. Des ministres de Somoza et des invités ont été pris en otage". Sergio Ramírez pressent alors la défaite imminente de Somoza. Négligeant résolument la bourse que lui avait accordée le Centre Pompidou à Paris, la famille Ramírez déménage à nouveau et revient au Nicaragua. Á Managua, aucune opportunité de travailler ne se présente. Reste la solution du retour au Conseil Supérieur Universitaire Centroaméricain. Il va y diriger le secteur des éditions du Conseil. Ce n’était certes pas le poste prééminent que Sergio avait occupé auparavant, mais la présence à San José de Costa Rica de nombreux sandinistes et exilés semblait en mesure d’alléger le poids de la charge bureaucratique. Face aux profondes divisions du Front Sandiniste, Sergio Ramírez ne tarda pas à prendre prit la tête de la troisième voie, celle de l’objectif d’unité nationale, avec l’appui des chefs d’entreprises et de l’Église catholique, celle qui apparaissait comme la plus pertinente pour conduire à la chute d’Anastasio Somoza Debayle. L’homme politique, à ce moment-là, prend clairement le pas sur l’écrivain. En 1979, Sergio Ramírez devient chef du gouvernement de la Junta de Reconstrucción Nacional, avant d’être nommé vice-président du Nicaragua au sein du gouvernement de Daniel Ortega.

Mais le Nicaragua se trouve au cœur de l’échiquier des USA. Le président nord-américain Reagan n’hésite pas, et il parvient à convaincre le Congrès de financer le groupe contre-révolutionnaire en le dotant d’un budget impressionnant. L’objectif affiché de Reagan vise à la liquidation des sandinistes. Dix ans de combats seront néanmoins nécessaires pour que les sandinistes et le groupe contre-révolutionnaire se décident à s’asseoir à une table de négociation sérieuse. Les sandinistes acceptent bientôt de convoquer des élections qui voient la majorité des électeurs accorder leur confiance à Violetta Chamorro. Elle s’était présentée vêtue de blanc, afin que son programme politique soit bien compris : la paix.

La période qui suit la victoire de Violetta Chamorro se caractérise par une multiplication des barricades, avec l’objectif clairement annoncé de déstabiliser le nouveau gouvernement. Les agissements des responsables sandinistes se livrant à une course éperdue vers la patrimonialisation de la politique conduisent Sergio Ramírez à livrer son for intérieur : "La sainteté s’est perdue". Dès lors, l’écrivain sait que sa rupture avec le sandinisme est proche. Il dénonce les manigances de ses ex-compagnons de lutte. Tête de file du groupe sandiniste à l’Assemblée, ses difficultés avec les responsables du mouvement s’aggravent. En 1995, il crée avec le tiers des élus sandinistes el Movimiento Reformador Sandinista. La défaite est consommée aux élections présidentielles de 1996. Sergio Ramírez décide alors : « je serai écrivain à plein temps ».

En fait, cette position ne relevait pas d’une rupture radicale, puisqu’au cours de sa vice-présidence Sergio livra en 1985 Estás en Nicaragua –un essai en hommage à Julio Cortázar-, puis le roman Castigo divino en 1988, et juste après Un baile de máscaras. Á partir des années 1990, à la suite de la perte des élections par le sandinisme, la tension dialectique entre l’action et l’art, entre l’action et la littérature, l’incline à pencher toujours plus vers la création littéraire. Sergio se réfugie dans l’histoire, revenant sur le vieux projet de "l’autofiguration" face au profil plus positif, plus national à la fois que plus universel du maître Rubén Darío.

Sergio Ramírez et Julio Cortázar dans les années ’70. Archives S. R.

L’horizon politique bouleversé et l’éloignement de l’exercice de la chose publique autorisent Sergio Ramírez à imprimer son sceau sur l’actualité de la littérature latino-américaine. Des œuvres majeures marquent ce moment. Tout d’abord, en 1998, Margarita, está linda la mar qui obtient le Prix Alfaguara. Sergio y montre à quel point la personnalité de Darío a été très présente dans le groupe des jeunes gens qui organisèrent l’attentat contre Anastasio Somoza et, comme dans d’autres romans, il y focalise l’action dans la ville de León, métonymie de tout le Nicaragua.

Suivent Catalina y Catalina en 2001, Sombras nada más en 2002. Dans Mil y una muertes (2005), Sergio Ramírez recourt une fois de plus à l´histoire. Il abandonne le ton épique et se rapproche du mode littéraire de Ruben Darío, qui fait de la quotidienneté et de l’immédiateté les arguments de la narration du récit.

Le modèle littéraire de Sergio prend aussi en compte les sujets transversaux. Comme le roman policier où brillent Castigo divino -déjà cité- et El cielo llora por mi, 2008, où rivalisent l’inspecteur Dolores Morales et l’inspecteur-adjoint Bert Dixon. Plus tard, en 2017, dans la même veine, est publié Ya nadie llora por mi.

Mais Sergio Ramírez sait également s’emparer de la figure du témoin. C’est le cas dans Adios muchachos (1999), authentique mémoire de la révolution sandiniste. On peut en dire autant de Sombra nada más, en 2003, dans lequel Sergio dessine la fresque de la révolution, mais cette fois de l’intérieur du mouvement. En 2011, il présente dans La Fugitiva la vie d’une célèbre écrivaine costarricense, Yolanda Oreamuno, personnalité fascinante, une des premières militantes des droits de la femme en Amérique Latine. Et en 2005, Sergio Ramírez se risque à approcher dans Sara le personnage biblique, l’épouse d’Abraham.

Le chemin vers la littérature

Quelles pistes doit-on suivre pour percevoir le cheminement de l’écrivain vers son accomplissement, quels furent ses sources d’inspiration, ses influences et les fils conducteurs de son œuvre ? Non pas Daniel Defoe ou Robert Louis Stevenson. En fait, Sergio Ramírez se plaît à revendiquer l’immédiateté comme point de naissance de sa condition d’écrivain : l’immédiateté des annonces publicitaires qui hantent les routes du Nicaragua découvertes au cours des tournées de livraisons paternelles qu’il se plaît à accompagner ; l’immédiateté des dialogues des romans lus à la radio, et religieusement écoutés dans chaque maison de Masatepe. C’est là que se nichait la source de son imagination. Et sûrement là aussi le siège de sa conviction : la lecture, comme extension de l’imagination et de la mémoire, ne se lance pas à la poursuite de "la recherche de la sagesse" ou du désir de connaissance, et la preuve de l’édition. La lecture est hédonisme, "une accueillante maison à portes ouvertes".

La mère de Sergio Ramírez ne surveillait pas les lectures de son fils. Elle les encourageait. Professeur de littérature, lectrice avide, elle mourut un livre à la main. Elle avait tout fait pour que l’imagination de l’enfant triomphât. Ce fut pourtant le cinéma qui nourrit le plus son imagination. L’oncle de Sergio -le frère de sa mère- avait acheté le Cine Club, l’unique salle de cinéma de Masatepe, toute proche de la maison familiale. Sergio s’empressa d’y faire office de technicien projecteur. Il n’avait alors que douze ans... Son père tenta un instant de s’opposer à cette situation, mais l’oncle Angel parvint vite à le convaincre que l’on pouvait tout à la fois travailler et étudier. La variété du monde de l’image s’offrait à Sergio : le cinéma d’auteur européen, les œuvres sentimentales mexicaines, les films musicaux nord-américains. Sergio le confia en 2003 : "Ma forme descriptive s’inspire des enchaînements, des plans, des retours sur histoire que j’ai tant de fois goûtés durant mon enfance et mon adolescence".

Des lectures de Sergio Ramírez adolescent, il en est une qui le marqua profondément : Gamiani ou deux nuits d’excès de Musset. Il la découvrit à 13 ans. Un cousin lointain avait trouvé le livre enfoui au fond d’une caisse en bois de pin que la famille n’ouvrait jamais... L’occasion pour Sergio Ramírez de se voir confronté au divertissement sexuel. Peut-être est-ce pour cela qu’il s’interroge : "Combien de bons lecteurs, et aussi d’écrivains, émergèrent grâce aux livres interdits par l’école, la maison (le foyer), la religion. Ce que l’interdiction ne permet pas, la curiosité l’autorise pour ce qui est défendu. Et les censeurs sont, sans exception, des gens amers et hostiles à l’esprit de liberté qui vit dans les livres".


Avant d’entreprendre la préparation du discours de remerciement qu’il allait devoir prononcer devant le Roi d’Espagne lors de la remise du Prix Cervantès, Sergio Ramírez avait déjà les idées claires : il fallait insister sur l’influence que le Quichotte et le monde de Cervantès ont exercée dans sa vie, sur la force du lien établi entre Cervantès et Ruben Darío, mais aussi sur l’exigence d’une rénovation de la langue de Cervantès, et puis son engagement en tant qu’écrivain et l’exigence de loyauté que cela implique, sa vision latino-américaine qui ne saurait être absente de la fiction, la passion de la langue qui l’accueillit avant de le pousser à traduire la vie.

La Prensa

La référence au Quichotte est permanente. Sa mère ne lui avait-elle pas fait découvrir en lui donnant à lire les épisodes les plus divertissants, comme celui de la cage aux lions conduite au Roi ?

Nul doute que l’attribution en 2018 du Prix Cervantès s’est doublée d’une volonté de rendre hommage à l’Amérique Centrale, une région capable de forger son identité à partir de ses écrivains et de ses artistes. Darío, Monterroso, Ernesto Cardenal, Roque Dalton, Giocanda Belli, poètes y romanciers, Carlos Merida, Francisco Zúniga, Armando Morales, Olga Sinclair, sculpteurs et peintres. Mais il ne faudrait pas oublier non plus que ce Prix Cervantès rend compte par ailleurs du travail discret de Sergio Ramírez en tant que passeur de talents et d’écriture à travers la revue digitale Carátula, une publication bi-mensuelle éditée depuis dix ans, forte de 30 000 lecteurs en ligne, ou le Festival Centroamérica Cuenta qui donne chaque année l’occasion aux jeunes écrivains centroaméricains de discourir et échanger à Managua avec des personnalités littéraires reconnues du monde entier.

Littérature et air du temps

Quand Sergio Ramírez entreprend ses études universitaires à León, Fidel Castro est sur le point d’entrer à La Havane. Les destins politiques et culturels de Cuba et du Nicaragua semblent intimement liés, et cela au moins jusqu’en 1980. Quand dans l’après-midi du 23 juillet 1959 la garde de Somoza ouvre le feu contre une manifestation étudiante, tuant quatre universitaires et en blessant plus de soixante-dix, Sergio comprend que sa vie va être profondément influencée par la lutte contre la dictature. Il acquiert alors la conviction que l’Amérique Centrale est capable de s’unir, au moins culturellement, et c’est cette certitude qui conditionnera non seulement sa vision du futur politique de la région, mais aussi son développement littéraire ultérieur. Effectivement Sergio se lance bientôt et il ne manque pas de dessiner dans différents écrits la figure référentielle de sa propre trajectoire, un Rubén Darío universel capable de transformer l’exil en une arme pour "fonder un authentique art national centraméricain, qui pour la première fois est aussi américain".

En Amérique Latine, la littérature est singulièrement associée au phénomène du pouvoir. Si vous choisissez dix, vingt romans fondateurs de la création littéraire latino-américaine, vous verrez que le pouvoir n’en est jamais absent ou... exclu. Bien plus, le pouvoir en Amérique Latine ne cesse de générer des surprises, des moments imprévisibles : l’observer en "interne" procure pour cela même à l’écrivain les outils les mieux adaptés pour l’appréhender et le restituer.

Lorsqu’on lui demande si les écrivains latino-américains actuels témoignent toujours du même degré d’implication qu’il y a trente ou vingt ans, Sergio Ramírez répond que la question d’être des acteurs politiques ne se pose pas à eux de la même façon. Á ses yeux, la génération confrontée à la situation spécifique du XXe siècle exprimait le besoin pour l’écrivain de se comporter aussi en citoyen engagé. On pourrait citer des exemples d’écrivains qui, sans participer directement à la vie politique, ont traité de la politique et su traduire les espoirs de la société, comme José Saramago ou Carlos Fuentes. Sergio Ramírez, lui, n’a cessé de revendiquer pour l’écrivain la nécessité d’une exposition forte, tout en ajoutant aussitôt qu’il ne lui revient pas de prêcher des solutions : "le roman est une conspiration permanente contre les vérités absolues".
Inti Ocon/AFP


Des actes de haute portée symbolique sont organisés en marge de la remise du Prix Cervantès. Comme celui qui consiste à célébrer solennellement le dépôt d’un legs effectué par l’écrivain distingué à l’Institut Cervantès de Madrid. Ce don doit témoigner d’un lien fort avec la vie et l’œuvre de l’auteur célébré, comme des manuscrits originaux ou des œuvres marquantes pour l’impétrant. Sergio Ramírez s’est bien sûr longuement interrogé avant de décider de ce qu’il lui revenait de confier au Cervantès. Il a fini par opter pour les originaux d’une lettre de Rubén Darío, et d’une autre d’ Augusto Cesar Sandino qu’il détenait dans ses archives personnelles. Pourquoi ? Parce qu’il tient que les signataires de ces deux lettres se confondent avec l’essence même du Nicaragua, marquée par la dignité et la force de la parole. D’une part, Ruben Darío a entrepris une transformation de la langue depuis la littérature, offrant à la langue inventions et sonorités, convertissant la poésie en héros national. Tout ceci explique aisément pourquoi, lorsque sa dépouille mortelle est arrivée à la gare de León, celles et ceux qui l’attendaient n’hésitèrent pas à dételer les chevaux de la berline funéraire pour prendre leur place et se charger de conduire l’écrivain jusqu’à sa tombe.

De son côté, Augusto Cesar Sandino se déclarait "travailleur de la cité, artisan comme l’on dit dans mon pays". Il se fit soldat par la force de la nécessité face à l’impératif que représentait la libération du pays de l’intervention militaire étrangère. Sergio Ramirez souligne combien une de ses phrases est frappée du sceau du poète, car les mots qui dénudent les vérités composent aussi la poésie. Sandino remarque que « l’homme qui de sa patrie n’exige pas plus qu’un bout de terre pour sa sépulture, mérite d’être écouté, mais aussi cru ». Et au journaliste basque, Ramón de Belausteguigortia, qui l’interrogeait dans son campement en 1933, après l’accord de paix avec le premier Somoza qui ne l’empêcha pas de le conduire à la mort, Sandino dit : "Alors, qu’ils ne croient pas que je vais me transformer en grand propriétaire terrien (latifundista), Non, rien de tout cela. Je ne possède aucune propriété. Je n’ai rien...". Pour Sergio Ramírez , "ce fut un vote de pauvreté, qui en politique est comme un vœu de chasteté".

Ruben Darío et Sandino qui léguèrent un pays... (à suivre, probablement)

Bernard Grau

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Sergio Ramirez, prix Cervantès 2017 : l’écrivain et le Nicaragua. de Bernard Grau est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.


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