>>Wilfredo Lam au Centre Pompidou. 30 sept au 15 février 2016

21 janvier 2016
Auteur(e) : 
Paris, septembre 2015



WILFREDO LAM
Le Centre Pompidou consacre une ample rétrospective à l’œuvre et à la trajectoire du peintre Wifredo Lam (1902 - 1982).

Quelque 400 pièces - peintures, céramiques, livres d’art, et de nombreux documents issus des archives familiales - sont présentées dans l’exposition, rythmée par de superbes portraits photo de l’artiste. Conçue par Catherine David, directrice adjointe du Musée d’art moderne, cette rétrospective sera présentée ensuite au Centro de Arte Reina Sofia à Madrid (12 avril - 15 août), puis à la Tate Modern à Londres (14 septembre 2016 au 8 janvier 2017).

La commissaire de l’exposition, Catherine David, nous parle de la relation Lam-Picasso et nous présente longuement La Jungla (1943).



Son tableau le plus célèbre, La Jungla est un "manifeste esthétique et politique", avec une "construction très frontale, très raffinée", une "énergie verticale", souligne Catherine David. Son titre est à double sens : il n’y pas de jungle à Cuba et la toile fait allusion au "monde des esprits et des nègres marrons". La Jungla est emblématique du travail de Lam à son retour dans son île natale. Son oeuvre se peuple de figures, entre végétal et animal, en écho aux mondes spirituels de l’île.



Le parcours de l’exposition s’articule en cinq séquences qui ponctuent la vie et le travail de l’artiste au gré de ses rencontres avec des intellectuels et des poètes qui ont marqué sa vie :

ESPAGNE 1923-1938
Dès les années 1920, Wifredo Lam s’affranchit progressivement de la pratique académique qui lui a été enseignée à La Havane puis à l’Académie des Beaux-arts de Madrid dès 1923. Ses œuvres, d’abord classiques, sont imprégnées de son regard sur les grands maîtres exposés au musée du Prado. Progressivement, il substitue à cet héritage celui des avant-gardes, de Gauguin aux expressionnistes allemands, mais surtout de Gris, Miró, Picasso et Matisse qu’il découvre en 1929. Au contact de leurs œuvres, il épure ses formes, abolit les effets de perspective et couvre d’aplats de couleurs de larges surfaces de papier, qui deviendra son medium de prédilection. Sensible aux inégalités économiques et sociales qui font écho à celles de son pays d’origine, il s’açarde sur les figures de paysans espagnols et s’engage dès 1932 en faveur des républicains, après la mort de sa femme et de son fils victimes de la tuberculose. Ses œuvres espagnoles constituent un témoignage poignant de ces années d’apprentissage, de précarité et de luçe qui s’achèvent en 1938, lors de son départ précipité pour Paris à la suite de la victoire des armées franquistes.

PARIS, MARSEILLE 1938-1941
À son arrivée à Paris, Lam est frappé par l’influence de la statuaire africaine sur l’art européen, revendiquée par les avant-gardes qu’il côtoie. Ses visages se dépouillent pour devenir des masques géométrisés. Il tire cette violence expressionniste du drame intérieur qui l’habite depuis son récent exil et le décès de sa famille. L’apport de l’art roman, de l’Égypte antique et des Cyclades s’y conjugue à l’impact du cubisme tardif et de la connaissance des arts de l’Afrique, découverts au musée de l’Homme et dans l’atelier de Picasso, qui deviendra très vite son ami et soutien. En 1940, face à l’entrée des troupes allemandes à Paris, il est à nouveau contraint à l’exode et rejoint Marseille, où il retrouve André Breton et les surréalistes. Lam réagit alors à l’inquiétude ambiante en participant à la réalisation d’œuvres collectives – cadavres exquis et autres pratiques automatiques. Il remplit de dessins à l’encre de petits carnets, peuplés de figures hybrides où l’érotisme et le monstrueux révèlent la libération psychique et formelle à laquelle il aspire.

CUBA, LES AMÉRIQUES 1941-1952
Après dix-huit ans passés en Europe et deux exils, Lam débarque en Martinique aux côtés de Breton et autres compagnons de voyage. Il y rencontre Aimé Césaire, poète de la négritude, qui partage le même refus des rapports de domination raciale et culturelle l’aune de ses lectures marxistes et de son engagement dans le siècle. Son retour à Cuba l’affecte douloureusement. Il est frappé par la corruption, le racisme et la misère qui sévissent sur l’île où la culture locale ne semble subsister que sous la forme d’un folklore de pacotille qu’il exècre. Lam produit alors une œuvre peuplée de figures syncrétiques alliant le végétal, l’animal et l’humain faisant écho à l’énergie et aux mondes spirituels propres aux cultures caribéennes. Il est guidé dans cette quête de « cubanité » par les ethnologues Lydia Cabrera et Fernando Ortiz ainsi que par l’écrivain Alejo Carpentier qui interrogent les traditions, l’esthétique et l’histoire complexes de la culture afro-cubaine.

PARIS, CARACAS, LA HAVANE, ALBISSOLA, ZURICH 1952-1967
Durant cette période, de très nombreux voyages éloignent souvent Wifredo Lam de son l’atelier. Les formes sont simplifiées et les œuvres se construisent sur des rythmes internes. En 1952, il met fin au séjour cubain et s’installe de nouveau à Paris. Les expositions internationales se multiplient, notamment aux côtés des artistes CoBrA que lui a présentés son ami Asger Jorn. La spontanéité, la dimension collective ainsi que l’intérêt du groupe pour l’art populaire l’amènent à se confronter à de nouveaux matériaux, comme la terre cuite, et à expérimenter des formes nouvelles. Pour la série des Brousses de 1958, il fait sien le dynamisme de l’abstraction gestuelle américaine, rappel épuré des compositions à la végétation foisonnante des années 1940. Ses dessins à la fois incisifs et oniriques illustrent de nombreux textes d’amis poètes et écrivains, tels René Char et Gherasim Luca.

PARIS ET ALBISSOLA 1962-1982
A l’invitation d’Asger Jorn, il découvre la lumière italienne d’Albissola en 1954 et s’installe en 1962 dans cet important centre de céramique où il séjournera régulièrement jusqu’à la fin de sa vie. Il enrichit sa collection d’arts extra-occidentaux, exposée dans son atelier et révélatrice de la pluralité de ses sources d’inspiration. Séduit par la libération spontanée que procure le travail de la terre cuite et par l’intervention du hasard dans le processus de création « selon la durée, ou l’intensité de cuisson, les réactions de couleurs, leurs mutations », il produit près de trois cents céramiques durant l’année 1975, dont les symboles renvoient à ses œuvres plastiques. Ces années sont aussi occupées par de nouveaux voyages – Égypte, Inde, Thaïlande, Mexique – et une reconnaissance institutionnelle croissante autant que par la conception de son ouvrage autobiographique : Le nouveau Nouveau Monde de Lam, véritable cartographie de ses affinités poétiques et géo-politiques. Travailleur infatigable, Wifredo Lam s’éteint en 1982 après avoir achevé, chez lui , les gravures pour son ultime livre d’artiste, L’Herbe sous les pavés, sur un texte de Jean-Dominique Rey.



Sous la direction de Catherine David, cette monographie consacrée à Wifredo Lam (1902-1982), l’occasion est donnée de revisiter l’oeuvre de l’un des premiers artistes du XXe siècle à avoir ouvert le corpus autoproclamé de l’art moderne à des formes et à une vision transculturelles issues d’une biographie et d’un parcours exceptionnels. Parti en 1923 de Cuba pour l’Espagne où il étudie les grands maîtres (Bosch, Velásquez, Goya) autant que les peintres espagnols contemporains (Benjamín Palencia, Ángeles Santos), Wifredo Lam quitte Barcelone pour Paris en 1938, après la victoire des franquistes. À partir des années 1940, entre Cuba et Amériques, il construit une oeuvre singulière qui inaugure un regard et un discours postcoloniaux. Des premiers travaux de jeunesse jusqu’aux ultimes dessins des années 1980, ce sont quelque soixante années de la vie et de la production de Wifredo Lam que cette publication explore en reproduisant plus de 200 oeuvres, dont les illustrations qu’il réalisa pour les recueils de ses amis poètes, tels André Breton, Aimé Césaire, René Char, Ghérasim Luca, Alain Jouffroy ou Jean-Dominique Rey. Des essais de spécialistes, une anthologie de textes de référence, ainsi qu’une chronologie richement illustrée de documents inédits, viennent donner un nouvel éclairage sur une oeuvre d’une étonnante actualité.

Article tiré du site : http://www.ameriquelatine.msh-paris.fr
Rubrique:  Expositions