>>Football et érotisme au masculin. Une anthropologue au stade, par Beatriz Vélez

4 juin 2015
Auteur(e) : 

Paris, mai 2015

Football et érotisme au masculin

Une anthropologue au stade

On connaît la popularité du football, la fascination qu’il exerce, l’enthousiasme parfois violent dont il fait l’objet. À l’ère de l’athéisme moderne, ce sport a ainsi acquis un statut de bien culturel, qui se traduit en commerce chez les uns, en catharsis chez les autres, en colère chez d’autres encore. Telle est la dimension sociologique du phénomène.

Mais le jeu offre d’inépuisables possibilités de résonance pour les significations les plus impensables : chant lyrique, ode à la guerre, culte sacré, référence pour tous les types d’identité. Sa mise en scène oscille entre Mars et Éros, il simule une bataille (force, terreur), mais parodie des actes au contenu profondément sexuel (passion, amour). Et c’est en dégageant alors les principes fondamentaux du jeu — d’une part, le divorce du pied et de la main pour diriger le ballon, d’autre part, l’accouplement du pied et du ballon pour marquer le but et du gardien et de la cage pour l’éviter — qu’apparaît toute la richesse anthropologique du football.

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Entre récit de vie, engagement personnel, recherche approfondie sur le sujet et sur les terrains, ce livre rafraichissant nous conduit assez loin des turpitudes financières du moment pour nous lancer gaillardement dans l’approche du football par le genre.

Pas seulement bien sûr et heureusement, car la psychanalyse et l’ethnologie ont beaucoup à dire encore sur le jeu de ballon rond. Mais si Beatriz Vélez s’est vue empêchée souvent de se lancer sur le stade dans sa Colombie natale, elle n’a jamais manqué du désir de s’engager dans une partie où elle a vraiment beaucoup à dire. Son objectif est bien de marquer des buts autant qu’elle le peut, et les mâles joueurs avec leurs troupes de supporters sincères, obtus et frustrés n’ont qu’à bien se tenir.

Difficile d’être plus convaincant en matière d’objet rebondissant, on en apprend beaucoup plus que ce qu’on était en droit d’attendre. Ici, ou en Amérique latine, puisque, même en se cachant derrière des drapeaux, le genre et l’esprit du jeu parviennent le plus souvent à transcender une approche trop strictement culturelle des structures et des aléas de l’engagement footballistique.

Sociologue, diplômée en anthropologie historique, Beatriz Vélez s’est d’abord intéressée à l’étude de la signification de la corporalité dans la production de la culture et de la société. D’origine colombienne, elle vit actuellement à Montréal où elle est chercheuse associée à l’Institut national de la recherche scientifique.

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Article tiré du site : http://www.ameriquelatine.msh-paris.fr
Rubrique:  Cartes blanches