>>Journée Ruggiero Romano et l’Amérique latine, 28 mai 2015 à Paris

20 mai 2015
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Paris, mai 2015



Le jeudi 28 mai prochain, à partir de 9h30, se tiendra à la Maison de l’Italie de la Cité internationale Universitaire de Paris une Journée Ruggiero Romano organisée avec le soutien de la Scuola Superiore di Studi Storici de l’Université de Saint Marin. Vous en trouverez ci-joint la version française du programme, accompagnée d’une note de présentation résumant le parcours complexe, original et atypique de Ruggiero Romano entre l’Italie, la France et l’Amérique Latine, mais aussi entre Federico Chabod et Benedetto Croce qui furent ses premiers maîtres, Fernand Braudel qui le fixa en France où il fit toute sa carrière d’enseignant-chercheur à la VIe Section de l’EPHE devenue aujourd’hui l’EHESS, et l’attira vers l’histoire économique, et José-Luis Romero et John Murra qui orientèrent son choix de l’Amérique latine comme son domaine personnel de recherche et de direction de recherche - un choix qui lui ouvrait la voie vers d’autres horizons de l’histoire et vers d’autres disciplines.

Ruggiero Romano (1923-2002) nous a quittés dans les premiers jours de janvier 2002 : la même année qui a vu disparaître deux autres de ceux qui avaient été sans doute les plus proches collaborateurs de Fernand Braudel pendant les vingt-quatre premières années de la toute jeune VIe Section de l’EPHE, aujourd’hui l’EHESS : Clemens Heller à la fin d’août, et Alberto Tenenti le 11 novembre. Il était arrivé à Paris à l’automne de 1947 pour y faire une recherche sur la paix du Cateau-Cambrésis, porteur d’une lettre de son maître Federico Chabod pour Fernand Braudel, connu aux archives de Simancas au début des années 1930. Braudel, qui venait de soutenir sa thèse sur la Méditerranée , le prit aussitôt en amitié, le convertit sans peine à l’histoire économique de l’époque, celle qui privilégiait l’étude des mouvements des prix et des échanges commerciaux, surtout maritimes, et lui trouva auprès du CNRS les crédits nécessaires pour travailler en France, à Paris et à Marseille, sous sa direction et celle d’Ernest Labrousse, mais aussi pour repérer les ressources des archives de Venise et de l’Italie du nord-est : Chioggia, Udine, Mantoue, Padoue, etc. Son élection à la VIe section, le 1er avril 1951, à l’âge de 28 ans fit de lui sans doute le plus jeune des Directeurs d’études de l’histoire de l’École, et donc celui qui y a cumulé le plus grand nombre d’années d’enseignement et de recherche, jusqu’à sa retraite en 1988.

Avant même de lui confier en 1963 la direction du Centre de Recherches Historiques qu’il assura jusqu’en 1966, ce fut encore F. Braudel qui, en le proposant pour un séjour d’enseignement de trois mois à l’Université de Santiago du Chili pendant l’été de 1957, lui ouvrit et lui permit de découvrir ce qui allait devenir et rester, jusqu’à la fin de sa vie, son domaine d’élection : l’Amérique latine hispanophone, du Chili et de l’Argentine au Mexique. Il y fit de nombreux séjours, il lui consacra la partie la plus neuve et la plus stimulante à ses propres yeux de ses recherches et de ses écrits, il s’y fit de très nombreux amis parmi ses aînés (José-Luis Romero et John Murra), ses pairs (Tulio Halperin Donghi, disparu l’an dernier) et les très nombreux doctorants plus jeunes dont il dirigea les travaux aussi bien sur place qu’à Paris, où beaucoup d’entre eux trouvèrent refuge contre la répression. Il y reste aujourd’hui une référence personnelle et intellectuelle pour tous ceux qui l’ont connu.

Mais 1966 marqua aussi un autre tournant dans sa vie. Devenu le conseiller pour l’histoire de Giulio Einaudi, il joua un rôle décisif dans la politique de la plus grande maison d’édition italienne. Il mit toute son énergie, tout comme il l’avait fait dès 1949 pour la Méditerranée, à faire accepter une politique de traduction de la production de tous les principaux titres des sciences sociales européennes et en particulier françaises, alors à leur apogée : il a été sur ce plan un « passeur » exceptionnel. Dans la même perspective, il mit en chantier et dirigea de grandes entreprises éditoriales collectives –les grandi opere-, qui eurent un impact profond sur la vie intellectuelle italienne : pour ne retenir que les deux principales, la Storia d’Italia (lancée en 1972 et à laquelle participèrent F. Braudel et J. Le Goff) et l’Enciclopedia (lancée en 1977 et à laquelle ont contribué nombre de nos collègues, dont Marc Augé, Maurice Godelier, Françoise Héritier et Nathan Wachtel).

Entre l’Italie, la France et l’Amérique Latine, Ruggiero Romano a donc suivi trois parcours parallèles dont, même avec le recul, peu nombreux sont ceux qui peuvent prendre une mesure d’ensemble. En juin 2012, la Scuola Superiore di Studi Storici de l’Université de Saint-Marin créée en 1988 par Aldo Schiavone et dirigée aujourd’hui par Luciano Canfora, et dont la bibliothèque personnelle de Ruggiero Romano (ouvrages, revues, tirés à part) constitue le noyau central de la bibliothèque, avait pris l’initiative d’organiser une rencontre de deux jours à sa vie et à son œuvre. Les Actes en ont été publiés en 2014. Le moment était venu de lui rendre à Paris, la ville où il a résidé sans interruption de 1947 à 2002, l’hommage du souvenir qui lui était dû. Tel est le sens de la journée du 28 mai. Symbole supplémentaire : elle se tiendra à la Maison de l’Italie de la Cité Universitaire, dont Ruggiero Romano avait été le premier directeur, et un directeur particulièrement dynamique, de la fin de 1947 à l’été 1968.

Maurice Aymard
EHESS

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Article tiré du site : http://www.ameriquelatine.msh-paris.fr
Rubrique:  Brèves