>>Mort de l’écrivain et journaliste argentin Tomás Eloy Martínez

1er février 2010
Auteur(e) : 

Buenos Aires, le 1e février 2010



L’écrivain et journaliste argentin Tomás Eloy Martínez est mort dimanche à Buenos Aires des suites d’une longue maladie, ont annoncé ses proches.

L’écrivain disparu est notamment l’auteur du livre Santa Evita (1995), qui raconte l’histoire mouvementée de la dépouille d’Eva Perón décédée en 1952 à Buenos Aires. Son corps embaumé et exposé jusqu’à ce qu’un coup d’Etat militaire ne chasse son mari du pouvoir en 1955 avait ensuite été enterré secrètement en Italie sous l’égide du Vatican avant d’être rapatrié en Argentine et de nouveau enterré dans la tombe familiale en 1976.

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à la librairie El Salón del libro


Santa Evita est le roman argentin le plus traduit de l’histoire, en 30 langues. Il était également l’auteur du Chanteur de Tango.

Pendant la dictature (1976-1983), Tomás Eloy Martínez s’était réfugié au Venezuela où il avait fondé le journal "El Diario de Caracas".

Il avait travaillé pour de grands journaux tels le New York Times, El País et La Nación.



On dit qu’il ne chante plus que dans quelques cabarets malfamés du port. On dit aussi qu’il est très malade mais qu’il chante parfois dans un vieux bar du centre-ville. Certains affirment qu’ils l’ont entendu chanter dans un square de Palerme, l’ancien quartier italien, et d’autres vont jusqu’à dire qu’il se produit inopinément sur les marchés populaires des faubourgs. Bruno Cadogan regarde perplexe la carte de Buenos Aires et essaie de déceler la logique qui commande les dernières apparitions de Julio Martel. Car ce légendaire chanteur de tango à la voix obscure et envoûtante, l’homme qui n’a jamais voulu enregistrer de disques, est bien plus qu’un mythe urbain. Martel est un artiste accompli qui ne laisse rien au hasard et qui dessine par sa présence (et son absence) une autre carte de la ville, les traits d’une énigme.

Volontaire, résolu, le jeune Américain est prêt à tout pour le rencontrer et pour l’entendre chanter ces étranges morceaux dont il est le seul à connaître les paroles et le sens. Mais sa quête va le conduire là où il ne l’attend pas : au coeur même de l’insurrection populaire de 2001 qui fait chuter les présidents les uns après les autres. Bruno Cadogan se trouve ainsi emporté par le tourbillon de l’histoire dans un Buenos Aires rebelle et assoiffé de justice où la voix de Julio Martel est devenue l’un des symboles de l’espoir.



"Je recommande aux lecteurs de se plonger dans ce livre sans hésiter et de découvrir, comme moi, les plaisirs (littéraires) de la nécrophilie. (...) Puisque tout peut faire un roman, Santa Evita aussi, mais c’est en même temps une biographie, un placard sociopolitique, un reportage, un document historique, une fantaisie hystérique, un éclat de rire surréaliste et une pièce radiophonique tendre et émouvante. On y décèle une enquête menée avec une ténacité de limier et une adresse accomplie, permettant de disposer le richissime matériel dans une structure romanesque qui tire, jusqu’à la dernière goutte, du jus des possibilités de l’anecdote. (...) Santa Evita m’a vaincu dès la première page et j’y ai cru, j’ai été ému, j’ai souffert, j’ai joui et, au fil de la lecture, j’ai attrapé des vices indignes et trahi mes plus chers principes libéraux. (...) Quand une fiction est capable de conduire à ces excès un mortel aux principes solides et aux manières austères, il n’y a pas le moindre doute : il faut l’interdire ou la lire sans perdre de temps."

Mario Vargas Llosa

Article tiré du site : http://www.ameriquelatine.msh-paris.fr
Rubrique:  Brèves