>>Marc Augé, regard d’un ethnologue sur l’Amérique latine...

17 novembre 2016
Auteur(e) : 

Paris, novembre 2008



Anthropologue de la ville et du quotidien, Marc Augé observe le monde contemporain dès les années 1980 et propose un point de vue original sur la place de l’autre dans la société. De ses nombreuses missions ethnographiques au coeur de l’Afrique - en particulier au Togo et en Côte d’Ivoire -, de l’Amérique latine et de l’Europe, le scientifique livre des récits originaux sur l’altérité et la modernité. Il signe ainsi La Traversée du Luxembourg (1985), Un ethnologue dans le métro (1986), Le Sens des autres (1994), Pour quoi vivons-nous ? (2003), Casablanca, dans lequel l’auteur couche sur papier ses souvenirs de cinéma. Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Marc Augé place l’individu au coeur même de ses analyses et il allie avec brio réflexions philosophiques et ethnologie moderne.


Marc Augé
envoyé par Alexandre de Nunez


Au cours de ses travaux sur la vie quotidienne, le chercheur perce à jour un phénomène encore inexploré : les non-lieux. Un ouvrage paraît en 1992, Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité, et présente ces espaces dans lesquels l’identité devient un passeport pour l’anonymat. Les cartes de crédit et autres pièces d’identité sont alors propices au maintien d’une certaine distance entre les sujets.

Vingt ans après Un ethnologue dans le métro, M. Augé revient sur les raisons de son écriture et sur ce moyen de transport qui, en deux décennies, n’a cessé d’évoluer. Il offre une clé de lecture des transformations de la société en mouvement et de la ville, dont les frontières traditionnelles bougent, la population se diversifie et les rythmes quotidiens se modifient.




Le métro revisité de Marc Augé
envoyé par EditionsduSeuil


Depuis quelques siècles, le temps était porteur d’espérance. On attendait ainsi de l’avenir apaisement, évolution, maturation, progrès, croissance - ou révolution. Ce n’est plus le cas. L’avenir a pratiquement disparu. Un présent immobile s’est abattu sur le monde, défaisant l’horizon de l’histoire comme les repères des générations.

D’où provient cette éclipse ? Pourquoi l’avenir s’est-il évanoui, dans les consciences individuelles comme dans les représentations collectives ? Existe-t-il des remèdes, des issues de secours ?

Pour répondre, Marc Augé scrute, avec précision et clarté, les dimensions multiples de la mondialisation, notamment ses aspects politiques, scientifiques, symboliques. Il indique les causes de notre crise de la temporalité, et propose une solution d’espoir.



Cet éloge de la bicyclette passe par trois moments : le mythe, l’épopée et l’utopie. La bicyclette a une dimension mythique qui est à la fois individuelle et collective. Aujourd’hui le mythe a pris un coup. Mais la bicyclette revient par la politique de la ville et son image est l’objet d’un regain d’enthousiasme. L’opération Velib’ est très insuffisante, mais elle ouvre une espérance.

On peut se prendre à rêver et tracer les grands traits de la ville utopique de demain où les transports en commun et la bicyclette seraient les seuls moyens de déplacement en ville et où la paix, l’égalité et le bon air régneraient dans le monde après l’effondrement des magnats du pétrole. On peut rêver d’un monde où les exigences des cyclistes feraient plier les puissances politiques.

Cela n’est qu’un rêve et il faut redescendre sur terre. Le vélo nous apprend d’abord à composer avec le temps et avec l’espace. Il nous fait redécouvrir le principe de réalité dans un monde envahi par la fiction et les images.

Le cyclisme est un humanisme et il ouvre à nouveau la porte du rêve et de l’avenir.



Le « génie du paganisme » est à l’opposé de tous les présupposés du monothéisme, notamment chrétien ; ses élaborations conceptuelles et symboliques répondent cependant à des questions qui sont les nôtres. Car les questions sont universelles, non les réponses.

De son expérience de terrain en Afrique, Marc Auge conclut qu’il n’y a jamais, pour l’ethnologue, d’altérité radicale : prendre au sérieux ce que disent les autres, c’est non pas y adhérer, mais s’en inspirer pour s’interroger en retour sur le lieu d’où l’on vient.

Ainsi, pour l’ethnologue, le monde grec ancien et le monde africain traditionnel ont plus d’un point en commun et aujourd’hui encore notre vie quotidienne spontanée obéit largement à des logiques païennes qui imprègnent la littérature, la création artistique et philosophique occidentales. Alors qu’il est de bon ton de mettre au jour ses racines faute d’imaginer un avenir commun, le « génie du paganisme » rappelle une évidence : nos racines sont multiples et notre avenir ouvert.




Article tiré du site : http://www.ameriquelatine.msh-paris.fr
Rubrique:  L’Amérique latine vue par...