>>Jacky Lumarque, Recteur de l’Université Quisqueya, Haïti

18 janvier 2010
Auteur(e) : 

Port-au-Prince, février 2010



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Jacky Lumarque. Photo Mauricio Latorre RFI


Entrevista en español realizada por Mauricio Latorre RFI :



Université de Quisqueya détruite
envoyé par Mauricio Latorre


Paris, le 18 janvier 2010

Nous venons de recevoir ce courrier émanant de Guy Pierre, ancien ambassadeur de la République d’Haïti auprès de l’Organisation des États Américains, actuellement professeur d’histoire économique à la UAM et la UCM à Mexico où il est réfugié depuis la présidence d’Aristide.
Il évoque ici le projet déjà ancien qui nous réunit avec la sociologue Sabine Manigat et le recteur Jacky Lumarque à Haïti. Conscients de l’importance de maîtriser la fuite des cerveaux et de favoriser les échanges régionaux dans l’île, nous avons mis sur pied un master Prefalc sur la gouvernance et les relations internationales qui réunit autour de l’Université Quisqueya des universités et institutions dominicaines, françaises, mexicaines, espagnoles, argentines et probablement brésiliennes. Très récemment, une avancée décisive impliquant les États concernés à un haut niveau, et la reconstruction de l’Université de Quisqueya dans des locaux plus que centenaires et beaucoup mieux situés à Port-au-Prince, nous avaient poussés à plus d’optimisme quant à l’avenir du pays.
Reconstruire uniquement à partir de la base matérielle ? Plus que jamais, notre projet nous semble essentiel car, en refusant de céder au misérabilisme, il est aussi porteur d’espoir à long-terme.

(vendredi 15 janvier 2010)
Cher Dominique,
Notre amie m’avait fait part du petit mot que tu lui as adressé et je pensais aussi de mon côté te donner de nos nouvelles pour te rassurer. Il est difficile de t’expliquer de façon rationnelle pour le moment ce que nous ressentons tous de cette situation. Disons tout simplement que c’est un gros coup pour le pays. Pour le monde de l’éducation, le monde universitaire par exemple. Notre amie t’a sans doute parlé du nouveau local de l’UNIQ [l’Université de Quisqueya] qui s’est effondré sous le coup du choc de mardi. J’ai vu Jacky [Lumarque] hier, il s’en allait à l’université pour participer au sauvetage de plusieurs étudiants qui se trouvaient sous les décombres. Je ne sais pas si on a pu les dégager de là. Je suis arrivé ici le 12 décembre dernier, et Jacky m’a tout de suite invité à visiter ce local. En le voyant, je me suis dit que nous sommes effectivement en train de travailler pour améliorer l’enseignement, pour freiner le flux de départ des jeunes bacheliers vers la république voisine et le Canada, leur offrir la possibilité, dans un cadre de coopération avec des centres d’enseignements internationaux, de faire leurs études ici, et de revenir au pays après une période de formation ou de spécialisation à l’étranger. Je continue à le croire, et pense que nous pouvons y arriver. Aussi je me propose de relancer la question du Master avec les amis de l’Institut Mora et du ceux du Colegio [de México].
Abrazo.
Guy


Évoqué ici dans une activité d’urgence qui ne surprendra aucun de ceux qui le connaissent, Jacky Lumarque fait partie de ces êtres d’exception qui ont toujours refusé l’évidence du départ. En dépit de fortes sollicitations venues de l’étranger, et tout en refusant les compromissions avec les dirigeants locaux corrompus, il a choisi de s’engager sur place dans la construction d’une université de qualité à Haïti, puis dans le projet de rapatriement des élites enseignantes. Avec son épouse dédiée corps et âme à l’enseignement artistique pour tous et à la préservation de l’art haïtien le plus pur, il croit à la vérité de ce peuple aux qualités multiples, aux ressources infinies en dépit de toutes les vicissitudes de l’Histoire, il veut donner au pays les moyens de s’en sortir par lui-même, avec le soutien amical des autres.

(entretien réalisé à)
Port-au-Prince. Novembre 2007


Dans un pays où semblent régner inorganisation et pauvreté, il pourrait paraître saugrenu d’évoquer la qualité d’une université, non étatique de surcroît. L’Université Quisqueya mérite pourtant qu’on s’y arrête, même si nous sommes confrontés à une tout autre échelle que l’Université de Buenos Aires évoquée ici il y a quelques semaines.

Conçue en 1988 sur une base généraliste, débutant son activité en octobre 1990 dans un contexte sociopolitique particulièrement défavorable, Quisqueya a souhaité dès l’origine préparer la jeunesse haïtienne aux tâches de développement économique et social du pays. Une jeunesse particulièrement motivée composée certes d’étudiants appartenant aux milieux sociaux encore favorisés, mais aussi et surtout d’employés, de membres d’institutions diverses et de cadres de l’administration, tous désireux de répondre aux immenses besoins exprimés par les collectivités locales, les professionnels et les industriels, par le biais d’une recherche axée sur le développement et l’utilisation des technologies nouvelles.



Jacky Lumarque
envoyé par Dominique Fournier



Dans le paysage de l’enseignement supérieur haïtien, l’Université Quisqueya se distingue par son dynamisme reconnu internationalement, la qualité de ses maîtres (dont plusieurs appartiennent à la forte diaspora intellectuelle qui eut à trouver refuge à l’étranger), sa vision d’un long terme cohérent, et une réjouissante indépendance d’esprit. Cela lui permet d’offrir à ses quelque 2 200 étudiants des conditions de travail favorables dans son petit campus du centre ville, puis des débouchés importants sur place et à l’étranger dus aux réseaux qu’elle a su se constituer et ses relations dans les milieux de l’entreprise.

Quisqueya se compose actuellement de six facultés qui délivrent des diplômes de premier et deuxième cycles soutenus parfois par des programmes internationaux, comme le Prefalc français regroupant également diverses institutions d’Amérique latine.

Le recteur Jacky Lumarque, mathématicien d’origine, reconnaît cependant volontiers que son université pèche au moins sur un point : la faiblesse de sa bibliothèque. La Fondation Maison des Sciences de l’Homme s’est engagée à l’aider dans sa tâche de construction à travers son service d’aide aux bibliothèques soutenu par le ministère des Affaires Étrangères, mais elle a besoin pour ce faire d’autres bonnes volontés. Ceux qui voudraient contribuer à cette tâche essentielle pour l’avenir du pays peuvent s’adresser à Catherine Dassieu à la FMSH, ou directement à l’Université Quisqueya.


Article tiré du site : http://www.ameriquelatine.msh-paris.fr
Rubrique:  Brèves